Par Jeremy Saget pour Baobab, Dealer d’Espace,

La Publi#10 "Dépasser les bornes. Explorer et habiter les limites du monde."

Notre monde n'est pas plus fermé qu'il n'est plat…

Nous avons la chance invraisemblable de vivre à un moment très spécial -spatial- de l'Histoire de la vie sur Terre : une de ses espèces, la nôtre, serait en mesure de s'adapter aux restrictions de la vie extraterrestre – depuis 4 milliards d'années, tout de même ! Elle dépasserait les entraves biologiques à une vie universalisante par deux propriétés remarquables, néoténie[1] et hyperprosocialité[2].

La pertinence temporelle de l'Espace, le vaisseau, réside moins dans notre capacité à envoyer quelques personnes dans l'immensité de l'Espace qu'à introduire une nouvelle dimension d'Espace dans l'immensité de l'Humanité.

Si celle-ci est désormais capable de précipiter un monde fermé, aux ressources limitées, dans la spirale du conflit, repli, déclin, retrait d'un présent incompris, elle représente aussi la clef d'un monde ouvert. C’est l’élan d’un humanisme positif offert à l’Anthropocène lorsque notre temps rejoint l’Espace. La prise en compte des propriétés d'un monde infini dans un monde apparemment fini permettrait d’ouvrir des possibles, en intégrant la dimension verticale à notre environnement. Grandir ensemble là où rien ne s'oppose à l'accroissement d’une sagesse collective. Il s'agit de rendre éthiquement fertile toutes les parties de l'univers à notre portée, accomplir ainsi une juste transition sur l’échelle de Kardashev[3]. Cultiver notre jardin cosmique pour répondre aux problèmes sociétaux d'une civilisation qui ne saurait être statique. Se borner à dépasser les bornes, ou lorsque les découvertes éclairent notre persévérante nature d’explorateur.

Au-delà de cultiver, il est pertinent d’apprendre à habiter une autre planète, les amphibiens de l’ingéniosité que nous sommes devraient s’y habituer dès à présent. Toutefois, catastrophisme éclairé oblige, la fenêtre technologique ouverte peut se refermer plus tôt qu'on ne le croit (astéroïdes et comètes, crises environnementales, intelligence artificielle forte…)

Ensuite, attendons-nous à une pluie de retombées technologiques[4] et de surprises. Bien sûr, des questions scientifiques majeures y trouveront une partie de leurs réponses suivies de nouvelles questions. La planète Mars n’est-elle pas la mémoire vivante des conditions et ingrédients qui ont présidé à l'émergence de la vie sur Terre lors du premier milliard d'années ?

Enfin, une raison fondamentale nous place ici dans un champ de conscience élargi[5] en illustrant les grandes questions philosophiques de notre existence : d'où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ?

« La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau » C. Tsiokolvski, pionnier de l’astronautique.

La Terre est un précieux vaisseau spatial parmi le convoi de notre étoile. L'enfance de l’humanité, notre part exploratrice, intuitive, plastique, curieuse, ouverte sur le monde, pourrait en être le capitaine. La condition serait que la sagesse en soit le passeur, cette sagesse vers laquelle nous devons tendre pour parvenir à nous décentrer ou transcender chaque impasse par l’ouverture d’une troisième voie. Les limites perçues de notre monde ne nous sont imposées que par un monde intériorisé assez illusoire. Etendre sans cesse nos frontières en réponse à l'inconnu consiste en un mouvement d'expansion propre à l’empreinte de la vie dans l’espace et le temps.

« Regarder plus loin que ce que nous avons, et voir plus près de ce que nous sommes (…) Le véritable voyage (…) c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure », l’enseignement du désert, A. de Saint-Exupéry

Finalement, la distance proxémique, celle que l’on se construit culturellement, est toute relative. Un voyage interplanétaire peut être aussi court pour l'imagination que le confinement sera long dans la réalité inédite d'un habitacle.

En impesanteur, je pèse mes mots : c’est le monde intérieur qui dessinera les contours tant qu’il y aura des poètes pour habiter l’espace de l’Espace.

 

[1] Néoténie : concept en biologie du développement, désignant une espèce particulièrement immature à l'âge adulte, mais qui développe grâce à cette lente maturité et durable imperfection technologie et culture, faiblesse plastique faite adaptabilité.

[2] Hyperprosocialité : rôle souligné de la coopération entre groupes non apparentés et relations étendues qui a contribué à la réussite évolutive de sapiens et à son expansion au détriment des autres hominidés.

[3] Echelle présentée par l'astronome soviétique Nikolaï Kardachev en 1964 qui propose d’établir un classement des civilisations en fonction de leur niveau technologique et de leur consommation énergétique.

[4] Spin-offs très terrestres attendus concernant développement durable, téléopérations, recyclage, optimisation énergétique, mais aussi effets indirects (serendipité et effet « apollo » : valeur technologique ajoutée imputable à l’engouement des jeunes américains pour les carrières d’ingénieur dans les années 1970 suite au programme Apollo)

[5] "Overview effect" ou prise de conscience environnementale élargie : choc cognitif décrit chez les astronautes par mise en perspective directe de la situation de la Terre dans l’Espace.

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